Jury Goncourt / Le Choix de l'Orient 2016 à l'Université de Khartoum

Publié le par FLE Soudan

Le département de français de la faculté des Lettres de l'Université de Khartoum a participé pleinement au prix Goncourt Choix de l'Orient 2016 organisé par le bureau de l'Agence Universitaire de la Francophonie à Beyrouth.

Un jury d'étudiants lecteurs a été constitué afin de sélectionner, parmi 16 ouvrages de littératures francophones, ceux qui allaient être retenus. Les huit livres finalistes choisis par le jury de l'Université de Khartoum, ont été lus et commentés, certains plus d'une fois, par de brillants étudiants allant de la première année à la cinquième année. Dirigé par leur professeur M. Benjamin Haddad, les étudiants ont produits onze critiques, ou chroniques littéraires qui ont été publiées sur le site de l'AUF Bureau du Moyen-Orient.

Une délibération à huis clos selon la procédure de l'Académie Goncourt se tiendra le 11 novembre au Salon du Livre francophone de Beyrouth (4 - 13 novembre 2016, BIEL – Liban) et sera suivie de la proclamation du prix et d'un débat public, en présence d'un membre de l'Académie Goncourt, Paule Constant, Présidente du Centre des Ecrivains du Sud – Jean Giono.

11 pays de la région Moyen-Orient sont représentés cette année : Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Jordanie, Liban, Palestine, Syrie, Soudan, Yémen.

Il convient de saluer la performance et l'effort des étudiants,en pleine période d' examens,pour cette première participation de l'Université de Khartoum au prix Goncourt/ Le Choix de l'Orient, marquée par la qualité du travail réalisé .

Cet événement littéraire, qui a concerné cette année trois universités soudanaises  (l'Université de Khartoum, l'Université du Kordofan et l'Université de Nilein), a pu être organisé grâce au concours conjoint de l'Ambassade de France à Khartoum et du Bureau de l'AUF à Beyrouth. Sans oublié l'implication des chefs de département de français de chaque université, des professeurs et de leurs étudiants.

Un grand Bravo à eux!

Le département de français de l'Université de Khartoum a eu la gentillesse de partager avec nous trois chroniques littéraires (voir ci-dessous) que vous pourrez aussi retrouver sur le site internet: lechoixdelorient.blogspot.fr                           

Bonne lecture!

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Titre de l'ouvrage : La Succession, éditions de L’Olivier, 234 pages.

Auteur: Jean-Paul Dubois

         Vivre avec ses fantômes

C’est l’histoire d’un homme qui passait sa vie à essayer de trouver sa place dans le monde. Au moment où il était sûr qu’il n’allait jamais la trouver, il a accepté la succession de sa famille. Il a décidé de finir ses jours et rejoindre ses fantômes.

Jean-Paul Dubois nous fait lire avec une vraie passion de savoir les détails. Il avait l’habileté de nous faire ressentir les mêmes émotions que son héros. Nous avons le sentiment d’un enfant qui veut ressentir l’amour de sa famille, un adolescent qui veut s’échapper de sa propre maison, un homme qui est heureux simplement parce qu’il est très loin et enfin un homme qui en a marre de vivre.

On ne sait pas si le héros aimait la cesta punta et son séjour à Miami, ou c’était juste sa façon d’échapper à son malheur.

L’auteur utilise les questions d’une façon distinguée. En plus, il parlait de beaucoup de pays. On ne peut pas être certains mais, les nombreuses questions et les pays nous donnent un sentiment que l’auteur avait autre chose à dire sur cette confusion, cette inquiétude, toutes ces questions et tous ces pays. On dit que l’auteur ne parle que du monde d’aujourd’hui – le mot « monde » est distingué dans le roman – le monde d’aujourd’hui qui souffre.

Ce roman ne va pas vous laisser après la lecture sans que vous sentiez son influence sur vous et votre manière de voir le monde.

 

Suha Anam, Soudan

Université de Khartoum, Faculté des Lettres

Département de français, 1ère année

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Titre de l'ouvrage: Chanson Douce, éditions Gallimard, 227 pages.

Auteur: Leila Slimani,

Une chanson d’abord douce et finalement horrible

En lisant le nom de ce roman j’ai seulement pensé à des banalités. Je n’avais aucune idée qu’un tel titre pourrait contenir des incidents si subtils !

Dès les premières lignes on voit le malheur, la violence et l’angoisse. Je trouve que Leila Slimani a réussi à nous montrer la conséquence avant les raisons, elle a réussi à captiver le lecteur avec la première scène.

La façon dont elle a décrit les corps des deux enfants était vraiment profonde qu’on peut les voir en lisant, la peine qui s’installait chez la mère et la surprise de l’entourage nous pousse à tourner les pages.

Je trouve que le personnage de Maryam est plutôt comme un modèle pour nous montrer des conflits intérieurs qui se passaient chez les femmes.

Une femme est née avec l’instinct d’avoir un enfant et en ayant des rêves sur son homme exceptionnel, pourtant elle veut toujours être au top, avoir un travail dont elle peut sentir son succès. Je ne dis pas qu’on ne peut pas faire les deux en même temps mais chacun devrait connaître les limites de sa capacité. Et Maryam n’en savait rien, elle se laissait prendre par le travail qui lui a arraché les sentiments maternels et puis ses enfants.

L’auteur a aussi décrit la solitude interne qu’on trouvait chez Louise, la nounou, d’une façon distinguée qu’on pouvait voir dans ses pensés et les circonstances qui passent dans sa vie. Elle a perdu son mari et sa fille, mais en parlant avec elle on ne peut rien deviner, on ne peut pas dire que telle femme, tendre et gentille, a souffert tout cela.

Louise avait toujours une vie de soumission et de perte, elle devait faire ce qui est dit par ses patrons, ne jamais se tromper ni se plaindre. Elle devait prendre soin de tout et personne ne prend soin d’elle. Elle semblait avoir contrôle de tout cela mais d’un coup elle l’a laissé aller. L’ange a tué deux enfants !

J’aime la manière dont Leïla Slimani décrit le stress psychologique que vivait Louise, des cauchemars qui l’ont hanté même en se reposant. L’anarchie de sa maison, les colères qui la prenaient soudainement tout cela nous prépare à sa chute.

Leïla Slimani a utilisé des mots très simples pour nous raconter des incidents compliqués, elle a formé les mots d'une manière attirante pour nous décrire des images émouvantes. Elle nous a raconté tant de drame mais d'une chronologie parfaite.

 

Alaa Nadir, Soudan

Université de Khartoum, Faculté des Lettres

Département de français, 4ème année

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Titre de l'ouvrage : Cannibales, éditions du Seuil, 186 pages.

Auteur: Régis Jauffret

Est-ce l’amour ou autre chose ?

Tel un château victorien, l’auteur nous offre un roman d’un style classique et nous ouvre ses portes pour le comprendre, le sentir, le toucher et le vivre. Par contre, il nous laisse une partie ambigüe, sa découverte dépend du lecteur lui-même. Souvent les romans épistolaires donnent la liberté de continuer ou d’arrêter de lire. C’est un engagement libre qui permet de penser intensivement à des faits liés avec notre vie quotidienne. Cependant, le manque d’engagement fort rend le lecteur paresseux voire dans certains cas un peu ennuyé. Mais ici, l’utilisation des métaphores et la simplicité de l’auteur encouragent le lecteur.

La relation entre les personnages est attirante car on ne s’attend pas à ce qu’une mère accepte l’idée de tuer son seul fils, ni même de le penser. Quant à Noémie, elle est décrite comme une collectionneuse d’histoires d’amour, elle recherche l’amour idéal. Ceci n’est pas très étonnant pour une artiste, car les artistes sont toujours différents. Ils ont leurs points de vue sur la vie et leur manière de vivre. Ils souffrent de l’intérieur pour vivre comme les autres. Pour la mère, c’est une aubaine d’être en contact avec Noémie. Il n’y a pas que la haine qui les unit, elles planifient aussi leurs projets. En fait, à travers Noémie, la vieille dame vit encore et fait revivre le souvenir du seul homme qu’elle avait aimé. Leur grand point commun est qu’elles sont toutes les deux des amoureuses passionnées : « Sans amour, je ne suis pas sûre d’exister. » « Sans amour, l’existence est déprimante si vous appréciez le bonheur. Seul l’amour m’arrache, me propulse, me jette hors de moi ».

Quand on lit une histoire d’amour, on vide toutes nos croyances sur l’amour et on les remplit encore mais toujours avec quelque chose de nouveau. En lisant le titre, le lecteur peut se demander s’il est possible de mêler l’amour avec la sauvagerie. Ces deux mots ont leur sens et leur manière d’exister parmi nous. L’amour a tant de formes différentes, il est mystérieux, abimé… On peut douter de l’existence de Dieu mais jamais de l’existence de l’amour.

Après avoir lu Cannibales, on découvre un autre type d’amour et on se questionne sur ce qu’est l’amour. Est-ce l’idée de l’amour qu’on aime ? Faut-il accepter l’amour ou le vivre comme il est ?

 

Nashwa Abd-Elrahman

Université de Khartoum, Faculté des Lettres

Département de français, 3ème année

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